Sur le chemin de l’individuation

Un jour, une vieille dame m’a prédit que je deviendrais une femme forte.

A ce moment là, je n’y ai pas cru. J’avais vingt ans, j’étais déprimée, je me posais des questions existentielles, je ne comprenais pas le sens de la vie.

Et je n’acceptais pas d’être cette fille  si fragile, si mélancolique, que la vie ne traversait pas et qui s’était fermée  à la magie et à l’enchantement qu’elle recelait.

J’avais toujours en moi ce grand désir de devenir un jour une personne forte, qui prend la vie avec détachement, qui sait rire d’elle-même, qui affronte les autres, les conflits, les obstacles,

Une personne digne, qui ne plie pas devant les difficultés, qui n’affiche jamais un visage triste, qui sourit malgré la peine.

Une personne lumineuse, que la grisaille ne ternit pas, que le temps n’affadit pas, que les déceptions n’accablent pas.

Une personne merveilleuse, qui sait accorder du temps aux autres, qui est à l’écoute, qui est généreuse, qui sait faire don d’elle-même et qui est capable d’abnégation.

Une personne qui, au fond, n’existe qu’en refoulant constamment sa part d’ombre…

J’ai croisé sur ma route des hommes et des femmes qui ont prétendu incarner leurs idéaux.

Mais à quel prix ?

Celui d’une immense solitude et d’un mensonge éhonté à la face du monde.

Celui d’un renoncement au mouvement de la vie, au caractère impermanent de toute chose.

Figés dans une image, prisonniers de leur narcissisme, ils ressemblaient à des êtres en deux dimensions,

Sans densité, enfermés dans leurs rôles  et répétant sans cesse, tels des robots humanoïdes, les mêmes expressions et la même gestuelle…

Triste persona et masques trompeurs !

J’ai grandi,

J’ai eu vingt-deux, puis vingt-cinq ans, et j’approche aujourd’hui doucement de la trentaine.

J’ai essayé de devenir une femme forte, sans angoisses, sans états d’âme, et qui se dresse, fière, au-dessus de la souffrance.

Mais c’était comme nier ma nature,

Car ces angoisses sont une boussole qui m’indique ce que je dois surmonter

Et pourquoi je suis incarnée.

Et ma souffrance ne pouvait être dépassée qu’à la condition que je comprenne ce qu’elle cherchait à m’enseigner.

Quant à mes états d’âme, je suis tout simplement incapable de m’en passer ;

Ils sont comme des colorations qui me renseignent sur mon environnement et qui me relient à ce que je suis profondément.

Vouloir devenir un être fort… C’est peut-être un mot vain, un désir qui masque autre chose, un piège de l’ego, une pure vanité.

J’ai sans doute eu besoin de me construire un idéal du moi pour avancer et faire mes choix.

Mais l’idéal ne peut en aucun cas remplacer mon être fait de chair, de nerfs et de sang.

Mon être complexe et contradictoire, qui se transforme, apprend et change en permanence.

L’être humain vulnérable, pleins de doutes et de potentialités, infini et mortel,

Irréductible à une image, rebelle à toute mise en boîte.

Non, je ne serai jamais un être fort !

Mais je peux faire de ma vulnérabilité une amie qui me montre le chemin que je dois accomplir

Pour m’apaiser, ascensionner, grandir et apprendre.

Je peux faire de mes failles et de mes faiblesses des alliées  qui me permettent de regarder mon humanité, et toutes les facettes de celle que je suis.

Je ne suis entière et pleine qu’en accueillant mon ombre et ma lumière,

Et en tendant à mes frères humains un reflet véritable de ce que nous sommes tous : des êtres qui ne brillent qu’en acceptant leurs propres ténèbres.

 

 

Ce texte est inspiré par la psychologie des profondeurs de Carl Gustav Jung.

Pour en savoir plus sur le processus d’individuation, cliquez sur ce lien:

http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Comportement/Articles-et-Dossiers/Tout-change-et-vous/Devenir-un-individu-libre-et-relie-selon-Jung

 

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