Les idéalistes ne sont pas ce qu’on dit d’eux

 

On dénonce souvent la folie des grandeurs des idéalistes, leur irréalisme, leur manque de pragmatisme.

Idéaliste dans un monde si imparfait, si précaire, si cruel, quel égarement !

C’est vrai que les idéalistes, ceux qui nourrissent l’espoir d’un monde meilleur, peuvent connaître des moments de découragement et des envies de renoncer,  devant la grandeur de la tâche qu’ils croient devoir accomplir.

Pourtant, il me semble si injuste de les traiter d’irréalistes !

Il n’y a personne qui puisse être plus réaliste qu’un idéaliste qui conserve sa lucidité.

Les cyniques, les « pragmatiques », ceux qui considèrent que les lois de la vie sur Terre sont inchangeables, que les hommes sont ainsi et qu’il n’ y a rien à y faire, qu’il y aura toujours des guerres, des injustices, des trop riches et des trop pauvres, et qui se satisfont très bien de cette réalité étriquée et morbide que les hommes ont créé de toutes pièces, voilà ceux qui s’illusionnent !

Réaliste. Penchons-nous quelques secondes sur ce mot. Est réaliste celui qui reconnaît la réalité, qui l’accepte. La réalité est ce qui est, indubitablement.

Mais la réalité est aussi multiple, vaste et pas si simple à appréhender pour nos sens quelque peu limités.

Les idéalistes sont portés par des idées qui ne font sans doute pas partie du relativisme du monde, mais qui sont pourtant bien là, bien réelles dans une dimension subtile.

Être idéaliste, ce n’est pas fuir le réel ou le nier mais simplement en saisir davantage d’aspects.

Quand le cynique ne voit qu’une facette du prisme, la plus tangible, la plus matérielle, la plus concrète, l’idéaliste a accès à bien d’autres facettes.

Les idéalistes ne sont pas ce qu’on dit d’eux. Idéaliste ne rime pas avec « perché », « irréaliste » ou « utopiste » même si les cyniques aimeraient bien nous le faire croire.

Un idéaliste lucide est sans doute bien plus réaliste qu’un pragmatique qui ne croit qu’à la dimension tangible et matérielle du monde.

Nous vivons dans un monde matérialiste, consumériste, cynique… Soit. Mais qui l’a créé ce monde ? Qui l’a voulu ainsi ? La grande conscience collective en est à l’origine. Parmi les créateurs de ce monde, il y a ceux qui l’ont voulu activement et ceux qui n’ont rien fait pour l’empêcher d’advenir.

Et perdus dans la masse, quelques idéalistes bien intentionnés, qui ont sans doute fait de leur mieux mais dont les voix et les actions étaient trop éparses, peut-être pas assez unis contre l’organisation infaillible des forces obscures.

Si l’idéalisme pouvait constituer un danger, ce serait celui-ci: s’enfermer dans des arrières-monde au point que la réalité environnante en devienne difficile et qu’un décalage ne se créé entre le monde idéal qui n’est pas incarné et le monde réel, qui en est si éloigné. Il pourrait en découler un mal-être, un sentiment désagréable de ne pas être à la bonne place, une difficulté à accepter la réalité. Et doucement, tout doucement, l’idéalisme se transforme en amertume, qui doucement, se transforme en désespoir,  et qui, finalement, devient tristement… du cynisme.

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